Inégalités sociales et sentiment d'injustice.

Inégalités sociales et sentiment d'injustice.
Photo by Norbu GYACHUNG / Unsplash

 

Vous connaissez peut-être François Dubet, professeur émérite à l’Université de Bordeaux, ou l’avez entendu récemment dans les médias commenter la crise des lycéens. Sociologue, il a notamment consacré ses travaux à l’éducation, aux inégalités sociales et aux sentiments d’injustice.

Dans cette note, je souhaite restituer aussi fidèlement que possible ce que j’ai retenu de l’une de ses récentes interventions radiophoniques, tout en y apportant ma propre sensibilité.

Les « boomers » comme moi, ainsi qu’un certain nombre de lecteurs de ce blog, ont grandi dans une société structurée par la lutte des classes. Celles-ci se définissaient soit par le statut social (ouvriers, cadres, fonctionnaires, etc..) soit par la profession (médecins, avocats, commerçants, agriculteurs, etc...). Chaque classe connaissait ses avantages et ses désavantages — ce que nous qualifions aujourd’hui d'inégalités.

Selon François Dubet, ce qui a changé au cours des dix ou vingt dernières années n’est pas tant l’ampleur des inégalités que la manière dont elles sont perçues et vécues. Autrefois, elles s’inscrivaient dans une structure sociale commune : le sentiment d’injustice, voire de mépris, était collectif.  C’était « Nous contre Eux ». Aujourd’hui, cette expérience tend à devenir individuelle. Chacun se définit désormais par de multiples appartenances sociales, culturelles, sexuelles...et cherche à affirmer sa singularité. On n’est plus seulement homme ou femme, cadre ou ouvrier, mais une combinaison de très nombreuses identités revendiquées. Dès lors, le rapport social se réduit à un « Moi contre Eux » : ne pas se sentir personnellement reconnu est alors perçu comme du mépris, une victimisation ou pire encore comme une agression.

Il faut toutefois rappeler que de nombreuses singularités sociales ont longtemps souffert d’un réel manque de reconnaissance et que leurs revendications étaient parfaitement légitimes. Mais l’affirmation d’une singularité ne peut remettre en cause les principes fondamentaux de la République ni ce que nous avons en commun et que nous partageons. L'affrontement croissant entre les aspirations individuelles et les exigences de la vie collective fragilise de plus en plus le vivre-ensemble.

François Dubet souligne que la revendication de singularité reste acceptable tant qu’elle ne menace pas notre bien commun : la fraternité, la liberté d'expression, la langue, la sécurité, la culture, la nation, etc... Selon lui, les mouvements populistes d'aujourd'hui définissent bien mieux ce socle commun que les démocrates. Ces derniers ont par exemple, remplacé dans l’école républicaine la transmission des savoirs et la méritocratie de l’effort par le seul objectif d’égalité. Ils ont aussi mal évalué l’enjeu de la sécurité individuelle et collective et contribué à banaliser les violences urbaines en les excusant.

En conclusion, nous partageons avec François Dubet l’idée que le politique doit redéfinir ce qui nous unit. Il serait utile d’interroger tous les candidats à la présidence de la République sur ce sujet et d’évaluer leurs capacités à formuler puis à mettre en œuvre une réponse politique à cet enjeu capital.

 

Paris, le 17 octobre 2026.

 

PS. A aucun moment le Professeur Dubet n'évoque la notion d’équité en la différenciant de celle d’égalité. Il nous semble important pour nos lecteurs de comprendre que les deux notions ne sont pas interchangeables et qu’elles sont parfois source de confusion.

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