Le millefeuille administratif français : l’exemple de la valorisation de l’innovation dans le secteur public
Contrairement à de nombreux responsables politiques et hauts fonctionnaires, je ne m’exprime que sur des sujets dont j’ai une certaine connaissance, voire une réelle compétence.
Trois initiatives en faveur de l’innovation
Il y a environ trente ans, toutes les grandes universités françaises et les instituts académiques majeurs (Pasteur, Curie, Gustave Roussy…) se sont dotés d’une structure chargée de valoriser leurs actifs de recherche. Cette excellente initiative s’inspirait de pratiques déjà établies dans de nombreux pays, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni, dans les pays scandinaves, au Japon et en Israël.
Il y a tout juste vingt ans, l’État a lancé les pôles de compétitivité — au nombre de soixante en juillet 2005 — afin de créer un écosystème favorable à l’émergence de projets collaboratifs entre le secteur privé et le monde académique. Là encore, l’initiative était louable.
Quelques années plus tard, l’État a créé les SATT, sociétés d’accélération du transfert de technologies. Ces organismes se doivent d’assurer le lien entre la recherche publique — universités et laboratoires — et le monde économique — entreprises et start-up au niveau régional.
Ces trois initiatives, initialement financées par l’État, visaient à favoriser la transformation de nouveautés en innovations. Elles sont désormais gérées par les Régions.
De nombreuses universités se sont récemment regroupées pour gagner en compétitivité dans le classement de Shanghai (Shanghai ranking), une démarche elle aussi vertueuse. Certains pôles de compétitivité ont disparu, tandis que d’autres ont été créés ; au début de 2026, la France en comptait 53. Depuis 2014, 13 SATT sont réparties sur le territoire métropolitain, soit, en moyenne, une par Région.
Des ressources nombreuses à chaque échelon
Une estimation sommaire, mais proche de la réalité, conduit à envisager les ressources suivantes consacrées à l’innovation dans chaque Région :
· de 3 à 6 collaborateurs rattachés à chaque université ;
· de 10 à 20 collaborateurs dans chaque pôle de compétitivité, soit 20 à 50 personnes selon la taille de la Région ;
· de 20 à 50 collaborateurs dans chacune des SATT.
À ces équipes directement opérationnelles s’ajoutent, au niveau régional, des contrôleurs de gestion, des comptables et des chargés de mission. La supervision nationale mobilise elle aussi des chargés de mission au ministère de l’Économie, ainsi qu’au moins autant de personnes au ministère de l’Enseignement supérieur.
Un empilement administratif à interroger
Au bas mot, entre 100 et 150 salariés de l’État et des collectivités territoriales sont mobilisés pour la seule valorisation de la recherche académique dans chaque Région. Aucun ne contribue directement à l’innovation, dans le meilleur des cas, ces personnels en sont des facilitateurs. Des centaines d’autres exemples d’organismes distincts, plus ou moins imbriqués et redondants, existent probablement dans le fonctionnement des structures régaliennes et territoriales.
Une refonte à conduire sur trois ans
Chaque président de Région aurait intérêt à recenser les organismes aux missions proches, puis à engager leur refonte complète sur une période de trois ans. Cette démarche ne devrait pas être confiée à des cabinets tels que McKinsey, mais à des fonctionnaires compétents et imaginatifs, chargés de restructurer les nombreuses « couches du millefeuille administratif » dont l’efficience n’est pas démontrée.
Il est probable, pour ne pas dire certain, qu’au moins 20 % des ressources mobilisées par les organismes cités pourraient être supprimées — ou, de préférence, ne pas être remplacées — ou réaffectées à d’autres missions importantes et sous staffées de la puissance publique.
Alors que le déficit public atteint plusieurs centaines de milliards d’euros, les élus devraient examiner avec la plus grande attention l’efficacité des organismes dont ils ont la responsabilité.
La Baule, le 20 septembre 2026.
This document has been prepared by Jean-Claude Muller and is provided for information purposes only. The information contained herein has been obtained from sources believed to be reliable but is not warranted to be accurate or complete. The views presented are those of the author at the time of writing and are subject to change. Jean-Claude Muller has no obligation to update these opinions or the information presented.
Comments ()