Rapport de Prévision Mondiale 2026

Rapport de Prévision Mondiale 2026
Photo by Markus Spiske / Unsplash

 En début de chaque mois de janvier, des instituts et organismes publics ou privés publient des rapports plus ou moins complets sur les prévisions de l’année. Une partie de ces données est relayée par les médias et puis elles sont généralement oubliées sauf par des économistes, des investisseurs, des enseignants ou quelques chercheurs. Depuis 2023, je suis plus particulièrement le rapport prévisionnel mondial publié par VC+, non pas qu’il soit meilleur ou plus fiable que ceux de ses concurrents, mais parce que tout au long de l’année, VC+ étaye ses argumentaires par la publication d’une bonne centaine d’infographies très précises et très didactiques. (cf. ci-dessous)

Leur rapport intitulé « 2026 Global Forecast Report » a été publié le 8 janvier et commenté lors d’une visioconférence le même jour. J’en reprends les faits les plus marquants et y rajoutant des observations personnelles et actualisées.

L’économie mondiale.

Malgré une conjoncture géopolitique très instable, les prévisionnistes sont plutôt optimistes et estiment que l’économie mondiale de 2026 s’inscrira dans la continuité de celle de 2025 et ce, malgré les incertitudes sur de nombreux pans de l'économie. Les chiffres annoncés sont les suivants.

Perspective de la croissance mondiale pour 2026 : +3,1%. 

Inde : + 6,2%, Chine : + 5,6%, USA : +3,1%, Europe : + 1,7%, Euroland : + 1,4% (Espagne + 2,9% , France + 1,1%, Allemagne + 0,6%)

Les risques les plus importants pour que ces niveaux ne soient pas atteints sont au nombre de trois. Un évènement majeur, non prévisible et disruptif. L’escalade du déséquilibre provoqué par la Chine ou les Etats-Unis qui s’affranchissent de plus en plus des règles internationales historiquement admises. Un défaut de paiement de la dette d’un pays important au niveau économique.

Les marchés boursiers

En 2025, la croissance des marchés boursiers a été de l’ordre de 18% (la moyenne n’a guère de sens, puisque les valorisations et les volumes sont très différents d’une bourse à l’autre). C’est pourquoi il est intéressant de voir les écarts entre les pays.

Kospi (Corée du Sud) : + 75%, MSCI Emergents : + 31%, Canada : + 28%, Hong-Kong : +28%, FTSE (Londres) : + 22%, Nasdaq : +20%, S&P 500 : +17%, Inde + 10%, Stoxx Europe 600 : + 16% (Madrid : + 49%, Milan : +31%, Francfort : + 21%, Paris : + 11%)

Pour 2026, les prévisionnistes, de manière consensuelle, envisagent un chiffre mondial proche de 15%.

En dehors des éléments de géopolitique, le risque majeur réside dans le fait, qu’à présent le Nasdaq dépende très fortement de la valorisation des « Magnificient Seven » (64% du Nasdaq 100 le 5 janvier 2026). Ce même risque de dépendance existe aussi sur d’autres places boursières. La valorisation du CAC 40 dépend à 35% de celles de cinq entreprises du luxe (LVMH, Hermès, Christian Dior, L’Oréal et Kering). Ces mêmes valeurs y contribuaient moins de 10% en 2010. Au Danemark, la valorisation de Novo Nordisk est proche de 55% du PIB du pays (le 25 juin 2024, lorsque l’action Novo Nordisk était au plus haut, sa valorisation était même supérieure au PIB du pays).

La géopolitique

Les évènements survenus au Venezuela ont encore accéléré le sentiment d’instabilité qui régnait déjà dans le monde : la guerre en Ukraine, les conflits au Moyen Orient, les tensions entre l’Inde et le Pakistan, les instabilités en Afrique. Les plans d’hégémonie de Xi Jinping sont clairs et affichés depuis longtemps. Ceux de Donald Trump ont été dévoilés en novembre 2025 dans le rapport intitulé « National Security Strategy ». Les deux leaders se comportent de manière très semblable, pour eux la force prédomine sur la loi. « The world is moving from a rule-based system to a power-based one”. Alors que Xi Jinping avance ses pions de manière calme et méthodique, Donald Trump cherche à être l’homme de "coups gagnants" en se comportant de manière déroutante et imprévisible.

L’Intelligence Artificielle et de manière plus générale la Technologie.

Les analystes n’évoquent plus une « bulle de l’IA » car ils sont convaincus que la question n'est plus de considérer la capacité de l'IA à transformer les activités, mais à envisager à quelle vitesse elle se déploiera et à quelle échelle. À la suite des investissements massifs qui ont été annoncés depuis deux ans (des centaines de milliards de dollars), le marché attend des résultats tangibles cette année. « In 2026, elevated expectations will no longer be sufficient, there will be a tough road for those who will not deliver » disait un paneliste de chez VC+. Les prévisionnistes estiment néanmoins que ce déploiement sera moins rapide qu’anticipé par les analystes à cause du retard pris par la mise à disposition des « data centers » nécessaires et par l’estimation erronée des coûts associés. Il est également encore très difficile d'estimer comment l’interaction entre l'IA et l’humain va se réaliser afin qu’elle soit largement adoptée et donc efficace.

Les enjeux de la biotechnologie n'ont pas été évoqués tout en mentionnant qu'ils le seront de manière approfondie lors de la 44ème J.P.Morgan Healthcare Conference qui se tiendra du 12 au 15 janvier 2026 à San Francisco.

La sociologie.

En 2025, dans le monde occidental (hors Etats-Unis), le thème du changement climatique et de ses conséquences n’a pas été la priorité des citoyens de ces pays et il ne le sera pas non plus en 2026. Pour rappel, ce thème n’a jamais été prioritaire dans la majorité des pays du monde. En occident, deux thèmes sociétaux ont émergé de manière forte : la sécurité du pays, de ses frontières et de ses individus et la crainte de la perte d’emploi pour des millions de personnes hautement qualifiées pour se voir remplacer par des outils d’Intelligence Artificielle.

En 2024 et 2025, des investissements massifs dans de l’armement et des outils de cybersécurité (figure ci-jointe) ont été réalisés dans le monde entier. En Europe le terme de « guerre » est de plus en plus souvent utilisé par les dirigeants politiques lorsqu'ils parlent de sécurité du territoire. Pour 2026 tous les prévisionnistes envisagent des investissements dans des projets à visée militaire nettement supérieurs à ceux des années précédentes. Les dépenses du Ministère Américain de la Défense (US DoD) vont croître de 71% entre 2020 et 2026. Pour la France, une hausse des dépenses militaires de 6,7 milliards d'euros a été inscrite dans le Projet de Loi de Finances 2026.

La "destruction créatrice" chère à Philippe Aghion est déjà une réalité dans de nombreux métiers. Je reprends le contenu d’un post de Gabriel Dabi-Schwebel du 9 janvier sur LinkedIn qui cite l’exemple d’un consultant. Il évoque le travail d’un consultant qui aurait nécessité deux mois de travail et aurait été facturé 80 000 euros et qui a été réalisé avec succès en 11 minutes par un outil d’IA. A son avis le modèle de conseil tel que connu est mort. L’avenir est au consultant architecte. « On ne vend plus son exécution, on conçoit la collaboration entre l'humain et la machine. » écrit-il. Dans de très nombreuses compagnies ce ne sont pas simplement les emplois et leurs contenus qui sont à revoir mais aussi et surtout l'organisation actuelle et le management qui pilote les entreprises. Dans les organisations futures il sera essentiel de faire cohabiter harmonieusement des "profils d'ingénieurs, d'architectes et de sociologues" pour envisager une production de contenus pertinents et qualitatifs par des outils de l'IA. Les activités humaines seront de moins axées sur l'exécution et de plus en plus sur l'interprétation, l'analyse de scénarios et puis sur l'interaction et la négociation avec des pairs. Une aubaine inattendue pour les sociologues et les nouveaux responsables de ressources humaines.

Paris, le 11 janvier 2026.

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