Sanofi au plus bas depuis trois ans.

Sanofi au plus bas depuis trois ans.
Sanofi Headquarters

SPECIAL REPORT 25.08

Sanofi au plus bas depuis trois ans.

Chers anciens collègues,

Ancien salarié et dirigeant de Sanofi je reste, comme de nombreux d’entre vous, très attentif à son évolution. Le 31 juillet est à nouveau une journée sombre pour le Groupe puisque le cours de son action a baissé de 7,81% à la clôture de la Bourse de Paris, alors que hier matin à l’ouverture, le management évoquait une croissance du chiffre d’affaires de 10,1% au second trimestre et annonçait pour 2025, une croissance du bénéfice net par action (BNPA) du même ordre de grandeur.

Pourquoi une telle différence de lecture des données publiées entre le management et les analystes ?

Le management se focalise uniquement sur les données positives : croissance du chiffre d’affaires du nouveau périmètre, Dupixent en croissance de 21% suite au lancement du produit dans l’indication bronchopneumopathie chronique obstructive (BPC0), chiffre d’affaires réalisé avec les neuf nouveaux produits et vaccins qui progresse de 47,3% et représente déjà 10% du chiffre d’affaires (environ un milliard), rachat pour 5 milliards d’actions retirées du marché, croissance des frais de R&D, des acquisitions stratégiques, impact des taux de 15% sur les importations américaines en provenance des l’Union Européenne considéré comme « maîtrisable ».

Les analystes et les investisseurs ont cependant une tout autre grille de lecture.
Ils reconnaissent certes les aspects positifs évoqués ci-dessus qui étaient anticipés, mais tout ceci ne les rend guère enthousiastes lorsqu’ils constatent que le résultat opérationnel du deuxième trimestre à 9,9 milliards est inférieur de 2% aux attentes en raison d’une hausse inattendue de 7,8% des coûts opérationnels, et donc des charges alors qu’avec le « spin out » d’Opella les effectifs ont baissé. En toute première intention on pourrait croire que les produits de spécialités seraient moins rentables que les produits « Grand Public ». Un comble. De plus le BNPA, bien qu’en hausse, s’inscrit à 4% là encore légèrement en dessous des estimations du consensus.

La Bourse déteste ce type de surprise d’où la très sévère sanction avec une perte de valorisation boursière de près de 7 milliards en une journée et une capitalisation boursière inférieure à 100 milliards d’euros (au plus bas depuis octobre 2022).
Et en face, les résultats de Roche (+1,9%) et d’AstraZeneca (+2%) et même de BMS (+2,4%) qui sont bien meilleurs. Novo Nordisk est lui aussi fortement sanctionné, mais depuis 2024 il planait dans la stratosphère (plus grosse capitalisation boursièe européenne pendant quelques mois) et conséquence attendue, son CEO actuel va être remplacé le 7 août prochain.

Lors d’une discussion récente (21 juillet) avec l’un d’entre vous, je m’étais demandé comment les investisseurs analysaient les faits suivants : en moins de dix ans, Sanofi a investi de l’ordre de 30 milliards d’euros (un chiffre probablement sous estimé) en actifs et sociétés et a perdu plus de de 20 milliards d’euros (actualisés à ce jour) en valeur boursière. Difficile à comprendre que des investisseurs se contentent uniquement d’un 4% de dividendes et ne bousculent pas plus le management de la société sur sa croissance et sa stratégie qui peine à porter ses fruits. En ce 31 juillet ils viennent de le faire avec force.

Je n’arrive pas à me convaincre qu’à la suite de « due diligences » qualitatives et exhaustives, Sanofi n’ait fait que des acquisitions sans potentiel ou les ait systématiquement surpayées. S’il y avait du potentiel, c’est donc que Sanofi n’a pas su l’exploiter et encore moins créer de la valeur avec les actifs acquis en les transformant en succès. C’est un constat exprimé par plusieurs dirigeants des sociétés partenaires du Groupe.

Un autre collègue estime que les « impairments » (dépréciations) de ces acquisitions s‘élèvent actuellement à environ 7 milliards d’euros rien que pour les six dernières années.

A ceci se rajoute à présent :

  • Dupixent qui fait 3,8 milliards de chiffre d’affaires par trimestre (plus du tiers de celui du Groupe). C’est une bonne nouvelle pour la « top line » mais aussi un énorme risque d’un « patent cliff » considérable en 2031.
  • Un portefeuille de projets externes qui génère de plus en plus de doutes chez les analystes.
  • Un portefeuille produits internes dont aucun ne remplacera Dupixent.

Sentiment Analysis (texte d’un analyste qui a participé à la présentation du management)

  • “Management’s tone in prepared remarks was confident and focused on growth and pipeline advancements. In Q&A, management maintained a disciplined optimism, frequently emphasizing prudence, tight cost control, and long-term vision.
  • Analysts pressed on pipeline progress, margin outlook, and competitive threats, with a tone that was neutral to slightly sceptical, particularly regarding R&D execution and guidance sustainability.
  • Compared to the previous quarter, management’s confidence remained steady, with an increased focus on disciplined capital deployment and operational leverage. Analysts’ scepticism on pipeline delivery echoed previous calls.”

Dit autrement une croissance molle de Sanofi jusqu’en 2028 (avec un cours de Bourse qui, sauf évènement majeur, oscillera entre 80 et 95 euros) et pour l’instant un manque croissant de confiance des investisseurs institutionnels dans le futur post Dupixent du Groupe.

Le message de ce 31 juillet est à ce titre édifiant et mérite que l’on l’analyse avec beaucoup d’attention pour le futur du Groupe.

Je vous souhaite tout de même à toutes et à tous un bel été.


This document has been prepared by Jean-Claude Muller and is provided for information purposes only. The information contained herein has been obtained from sources believed to be reliable but is not warranted to be accurate or complete. The views presented are those of the author at the time of writing and are subject to change. Jean-Claude Muller has no obligation to update these opinions or the information presented.

ParaphJCMullerSmall.svg