L’élection présidentielle de 2027 : sept mois avant

L’élection présidentielle de 2027 : sept mois avant
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Un paysage politique fragmenté

À sept mois de l’élection présidentielle, le climat électoral devient déjà très tendu, alors que le débat souffre encore d’un profond manque de contenu. Vu de l’étranger comme de France, l’échiquier politique français s’organise autour de trois grands blocs :

·        un bloc de droite : Reconquête, le Rassemblement national, l’Union des droites et une partie des Républicains ;

·        un bloc du centre : une partie des Républicains, Horizons, Renaissance et le MoDem ;

·        un bloc de gauche : le Parti socialiste, Europe Ecologie Les Verts, le Parti Communiste et La France insoumise.

À sept mois de l’élection, chacun de ces blocs compte plusieurs candidats. Quoi qu’on en dise, une réelle porosité existe entre eux sur certains sujets. Selon les événements politiques, diplomatiques, économiques ou sociétaux, les relations peuvent également devenir cordiales ou détestables entre candidats d’un même bloc. À ce jour, à l’exception du candidat de LFI, les autres candidats se contentent surtout de commenter l’actualité et de tester des propositions qui ressemblent souvent à des rustines démagogiques : faciles à comprendre, mais sans véritable cohérence d’ensemble pour la France. Il semble plus simple, comme le faisait le général de Gaulle, de s’adresser à la France qu’aux Français, peuple notoirement contestataire et difficile à satisfaire.

Un an avant l’élection présidentielle en France
À travers l’Europe, les mouvements d’extrême droite attirent bien davantage l’attention que les forces démocratiques, et nous verrons probablement davantage de dirigeants démocratiquement élus adopter des comportements de plus en plus autoritaires. Comme beaucoup d’autres, j’essaie de comprendre pourquoi cette dynamique a pris autant d’

Objet de cette note

Cette note ne vise à soutenir aucune candidature. Elle expose ce que le citoyen que je suis souhaiterait lire et entendre de la part des candidats :

·        une vision de la France à l’horizon de dix à quinze ans ;

·        un programme cohérent pour donner corps à cette vision ;

·        un plan d’actions prioritaires permettant de la réaliser.

Les grands axes d’un programme

L’Europe. Quelle Europe voulons-nous pour l’avenir ? Celle des "normes actuelles" celle des « juristes américains » ou celle des « ingénieurs chinois » ? Chacun des modèles a ses avantages et ses inconvénients. Mais Américains et Chinois possèdent, selon Dan Wang, « la niaque, l’énergie, un désir d’argent… Une motivation d’en découdre économiquement qui a déserté l’Europe, laquelle semble ne plus être qu’une matière molle sans mojo ». Pourtant, en renonçant à sa naïveté et en acceptant parfois de céder certains pans de souveraineté afin d’en reconquérir d’autres, le Vieux Continent peut se reconstruire autour de propositions réalistes :

·        une force de défense commune ;

·        une diplomatie cohérente ;

·        une sécurité assurée aux frontières ;

·        une politique d’immigration commune ;

·        une structure fédérale de recherche sur la santé et le vieillissement ;

·        un programme spatial commun.

L’économie. Jusque dans les années 1980, la France était un pays d’ingénieurs, porté par des réussites mondialement reconnues : le Concorde, les avions Mirage et Rafale, le TGV, Airbus, Ariane Espace, les centrales nucléaires, ainsi qu’une multitude d’entreprises compétitives exportant leurs produits comme celles de l’automobile, de la chimie ou de la pharmacie. L’industrie constituait alors un fleuron et une fierté nationale. À partir de 1980, les choix politiques se sont orientés vers les services — banque, finance, tourisme — tandis que les métiers industriels et de production étaient déclassés. Le point culminant a été atteint au début des années 2000 avec le concept « Fabless » de Serge Tchuruk : ne plus avoir d’usines sur le territoire français. Il n’est pas étonnant qu’une telle approche suicidaire ait prospéré au sein d’une classe politique presque exclusivement formée aux sciences politiques. Depuis 1958, nous n’avons recensé que deux ingénieurs à la tête de l’État : Valéry Giscard d’Estaing, président de la République de 1974 à 1981, et Élisabeth Borne, Première ministre de mai 2002 à janvier 2024.

Il faut donc répondre à plusieurs questions structurantes :

·        Comment créer de nouvelles richesses ?

·        Comment réindustrialiser le pays, non pas en se limitant au rapatriement de productions à faible valeur ajoutée comme p.ex. celle du paracétamol, mais en exploitant les nouvelles technologies ?

  • Comment s’inspirer de la Suisse, où de petites villes accueillent des usines fabriquant des produits compétitifs et exportables ?

·        Comment redonner au Commissariat au Plan une capacité prospective et opérationnelle ?

·        Comment planifier la construction et la réhabilitation de millions de logements afin de mieux les protéger du froid et de la chaleur ?

·        Comment concevoir et produire en France des matériaux isolants, souvent issus du recyclage, pour améliorer l’isolation thermique et phonique des bâtiments

Un chantier distinct concerne les finances publiques et l’administration :

·        Comment redresser les finances publiques et réduire la dette ?

·        Comment restructurer la fonction publique pour la rendre plus efficace, notamment grâce à un recours massif aux technologies d’IA ?

·        Faut-il interdire constitutionnellement le vote d’un budget de l’État en déficit, comme c’est déjà le cas pour les collectivités territoriales et les agences de l’État ?

Le modèle social. En France, en 2025, les prélèvements obligatoires — cotisations sociales, taxes et impôts — représentent 43,6 % du PIB, soit l’un des taux les plus élevés de l’OCDE, tandis que les salaires nets restent bien trop faibles. À cela s’ajoute le poids des dépenses publiques, qui atteint 57 % du PIB.

Plusieurs questions doivent être posées :

·        Quel modèle social proposer pour les dix à vingt prochaines années ?

·        Comment le financer durablement ?

·        Quels services doivent être ou rester gratuits ?

·        Quelle doit être la contribution de chaque citoyen à l’éducation, à la santé et à l’impôt ?

·        Comment redistribuer la richesse créée au bénéfice des plus défavorisés ?

La France ne peut rester enfermée dans ce travers qui consiste à se disputer ou pire à distribuer des richesses plutôt qu’à en créer . Sur le sujet brûlant du financement des retraites, comment introduire une part de capitalisation, à l’image de ce qui existe dans les régimes complémentaires de retraites de nombreuses professions, notamment l’AGIRC-ARRCO et les régimes des professions libérales ?

L’éducation. L’école républicaine a été trahie par la gauche française, qui a privilégié l’objectif d’égalité au détriment de la transmission des savoirs. Elle a également confondu exigence et élitisme. Le classement PISA rendu public le 8 septembre 2026 confirme une nouvelle baisse du niveau des élèves français. En vingt-cinq ans, la France a perdu 42 points et reculé de la 12e à la 27e place. Ce classement montre aussi, de manière flagrante, que le système scolaire français reproduit les inégalités du système social existant. Comment préparer la formation de demain et remonter dans le classement PISA ? Il ne s’agit certainement pas de détruire l’existant, mais d’examiner, point par point, ce qui fonctionne mieux ailleurs :

·        l’organisation de la journée de classe;

·        la discipline individuelle et collective ;

·        l’évaluation des résultats.

Deux autres enjeux sont essentiels : intégrer l’IA dans notre système éducatif et, surtout, revaloriser la fonction ainsi que la rémunération des enseignants.

L’agriculture. Comme l’industrie, l’agriculture fut longtemps un fleuron français. Comme elle, elle ne contribue plus de manière majeure à la balance commerciale. Aujourd’hui, une grande partie des agriculteurs ne peut plus vivre du fruit de son travail. Avant de formuler des propositions politiques, deux questions fondamentales doivent être posées :

-          De quel type d’alimentation les Français veulent-ils pour se nourrir à l’avenir et, par conséquent, quel type de production agricole les agriculteurs pourront-ils leur proposer ?

-          Comment permettre aux agriculteurs de tirer une rémunération appropriée de leur travail et de leurs investissements, et de bénéficier d’un niveau de vie comparable à celui de leurs concitoyens ?

Constat et choix de société

Le tableau est sombre. Les Français le savent et, ces derniers jours, la colère gronde. Aucun candidat à l’élection présidentielle de 2027 ne pourra traiter toutes ces questions dans toute leur complexité. Toutefois, la teneur de leurs réponses révélera leurs choix politiques et sociétaux et permettra d’apprécier la valeur globale de leur programme. Sans programme cohérent ni ambition offrant une vision de la France à dix ou quinze ans, le pays continuera non pas à être gouverné, mais simplement à être administré. La campagne présidentielle de 2027 constitue un moment privilégié pour « connaître le réel et aller à l’idéal », selon Jean Jaurès. Le pessimisme ambiant ne résoudra aucun des problèmes actuels. Les Français devront choisir entre des avenirs très différents : davantage d’État et de protection sociale, ou davantage de libertés pour les citoyens et les entrepreneurs.

Ce que j’attends des candidats

·        Dire la vérité sur l’état de la France, sans dogmatisme et sans faire porter toute la responsabilité aux seuls gouvernants en place.

·        Proposer une vision d’avenir fondée sur des ambitions réalistes, des choix prioritaires et un calendrier d’exécution — et non se limiter à annoncer trois réformes pour les trois premiers mois du mandat.

·        Enfin, et c’est sans doute le plus difficile, ne pas susciter l’ostracisme envers l’autre, quel qu’il soit. Le débat doit être franc et ouvert à toutes les propositions, afin que chaque Français puisse choisir en connaissance de cause.

Le choix proposé

Trois grands groupes politiques s’opposent, avec leurs différences. Mais, en réalité, le choix se résume à deux orientations :

·        davantage d’État, d’aides, de déficits et d’illusions ;

·        davantage de lucidité, d’efforts, de réformes et de courage.

Autrement dit : le passé illusoire ou le futur prometteur.

Une crainte pour l’avenir

Ma crainte personnelle est que l’élection présidentielle de 2027 ne permette pas de trancher entre ces deux orientations et que l’on continue à laisser croire que la France pourra s’en sortir sans un effort soutenu et durable de toutes les catégories sociales.

Si tel était malheureusement le cas, nous nous dirigerions progressivement vers l’abîme aux environs de 2030. Nous serions alors soumis à des décisions très difficiles, imposées par des organismes extérieurs. Elles seraient particulièrement douloureuses pour certaines catégories de Français et nous priveraient, en outre, de nombreuses souverainetés auxquelles nous sommes profondément attachés.

 

Paris, le 29 septembre 2026.

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